Traverser la frontière du Nigéria par Banyo

Traverser la pire frontière du tour d’Afrique (Nigéria-Cameroun)

Passer la frontière entre le Nigéria et le Cameroun, est de loin l’étape la plus compliquée d’un tour d’Afrique, et pourtant elle est nécessaire puisque la taille du Nigéria force les voyageurs à passer par là, les pays plus au nord n’étant de toute façon pas une alternative plus simple.

Le problème avec le Nigéria c’est que la plupart des conflits qui y règne se trouve exactement au niveau du Cameroun, il y a tout d’abord Boko Haram tout au nord de la frontière, puis il y a les trafiquants tout au sud. La frontière entière est une zone rouge selon l’ambassade, même si je pense qu’elle est très exagérée, vous verrez pourquoi.

En sachant tout ça la plupart des voyageurs partis pour un tour d’Afrique abandonnent au Nigéria, les plus aisés paieront un bateau pour traverser la frontière par la mer.

Mais est ce qu’il n’existe pas une frontière terrestre traversable? Et si elle existe, est t’elle trop dangereuse pour y passer?

Si vous vous posez ces questions, j’ai de bonnes nouvelles pour vous.

Banyo, une lueur d’espoir

J’ai cherché très longtemps une frontière ouverte entre le Nigéria et le Cameroun, le nom d’Ekok a souvent été évoqué, mais sa proximité avec Cross River rend la frontière potentiellement dangereuse, il n’est d’ailleurs pas rare qu’elle ferme.

Puis je suis tombé sur le nom de “Gembu”, la frontière se situe parfaitement au milieu entre les conflits du Nord et du Sud et semble parfaitement safe !

Enfaite le chemin le plus “simple” ne passe pas vraiment par Gembu, il faut juste en prendre la direction puis partir dans les collines de la région sur des petites routes en très mauvais état.

Celui-ci fait près de 130km entre Guroji et Banyo, en passant par : Wakili Buba, Mayo Ndaga (il y aurait un mécanicien là bas), Lubatari et Kan Iyaka.

Vous le verrez dans la suite de l’article, le challenge ne se situe donc pas dans le fait de survivre dans une zone de conflit, mais plutôt de réussir à passer sur cette route très abimée, surtout en 2 roues motrices comme moi.

D’autant plus qu’une rivière barre la route à la toute fin de la route, et selon la saison celle-ci peut monter si haut qu’elle empêche tout le monde de passer, y compris les meilleurs 4×4. Je voulais arriver bien avant la saison des pluies pour ne prendre aucun risque, mais j’ai été coincé 3 semaines au Ghana, je traverse donc en début de saison des pluies.

Heureusement j’ai été grandement rassuré en découvrant le compte d’une femme seule qui a réussi à passer avec son petit van 2×4. Après tout si elle y est arrivé, pourquoi je n’y arriverais pas?

Départ de la traversée

Je suis arrivé à Guroji juste avant le couché du soleil, c’est la ville où je quitterais la route pour m’enfoncer dans les petits chemins de cette région montagneuse. En clair, c’est le début de l’aventure.

J’avais peur d’être coincé plusieurs jours sur la route, il faut dire que j’ai un carter très fragile qui a été réparé plusieurs fois, j’ai un frein en moins et aucun frein à main.

J’ai donc préféré faire le plein de tout avant de partir, j’ai rempli tous mes bidons d’eau et j’ai fais le plein d’essence. Je vous conseille de faire le plein dans la ville d’avant, ici il n’y a aucune station, l’essence est vendu dans des jerricans, donc elle est potentiellement coupée.

J’ai été incroyablement surpris par l’accueil des locaux qui m’ont beaucoup aidé pour faire le plein, ce sont des gens très gentils et chaleureux, très loin de ce qu’on pourrait imaginer d’une zone rouge. Ce sont majoritairement des fermiers musulmans qui dispose tous d’un sourire et d’un calme incroyable.

Puis j’ai commencé à faire un peu de route pour m’isoler et pouvoir dormir cette nuit là. J’ai été obligé de me garer dans un champ puisque la région entière est constitué de collines couvertes de champs. Ce n’est d’ailleurs que le lendemain que je découvrirais la beauté de ces paysages.

Malgré ma légère peur de dormir ici, complètement isolé et potentiellement sur le terrain de quelqu’un, ça n’a visiblement dérangé personne, au contraire je n’ai eu que des sourires et des signes amicaux des quelques personnes qui sont passées par là.

Voilà d’ailleurs une vidéo de moi le matin même sur ce spot de camping, où l’on peut entendre un homme passer en moto et crier “GOOD MORNING” ! Les gens ici sont vraiment adorables.

Au début la route est vraiment magnifique, son état est plus que raisonnable, rien qui ne soit très compliqué, je commençait à avoir espoir que ces 130km soient toujours comme ça !

En route pour traverser le Nigéria jusqu'au Cameroun

En m’éloignant encore, la route se dégrade, je ne suis plus sur de la terre, je commence à passer dans une sorte de sable qui m’oblige à rouler vite pour ne pas m’enliser.

Les paysages en revanche sont de plus en plus incroyables.

C’est lorsque la route commence à atteindre certains sommets de colline, que son état se dégrade, malgré la beauté constante des paysages autour, mon œil commence à se focaliser sur la route.

Le plus gros obstacle

Jusqu’à ce que je tombe sur un des passages les plus durs : une énorme pente de cailloux, qui même de loin me terrifie. La complexité c’est de prendre assez d’élan pour passer la pente, malgré les nombreux trous et cailloux qui pourraient percer mon carter et m’immobiliser.

Je n’arrive pas à passer suffisamment vite pour la passer en une fois, j’essaye alors de reprendre de la vitesse au milieu de la pente, mais les pneus glissent sur ce terrain instable, avec un frein à main j’aurais probablement été avantagé mais ça n’aurait pas tout fait.

Il m’a fallu 2 tentatives pour trouver une solution. J’ai commencé par aller le plus vite possible, la voiture s’est arrêté aux 2/3 de la pente avant de commencer à reculer, j’ai alors cherché à bloquer les roues sur les gros cailloux de la route. Tant qu’à avoir une route en mauvais état, autant s’en servir à son avantage.

J’ai ainsi pu me relancer, mes roues ont quand même glissé mais à la seconde même où elles ont réussi à adhérer à quelque chose, j’ai mis les gaz à fond pour finir de passer, en faisant ce que je pouvais pour éviter les nids de poules et gros cailloux.

Je suis passé mais probablement pas sans dégâts, mais rien de grave en tout cas, en y réfléchissant c’est peut être là que j’ai cassé mon support moteur, une pièce importante mais pas nécessaire.

Et ça en valait bien la peine ! Une fois tout en haut de ces collines, des paysages toujours plus impressionnants s’offrent à moi, je n’aurais jamais imaginé de telles points de vue dans cette région perdue du Nigéria.

C’est complètement hallucinant de découvrir tout ça, complètement seul sur la route, et se dire qu’on est au beau milieu de nulle part au Nigéria.

J’ai croisé quasiment personne sur cette traversée, au mieux je distingue quelques silhouettes animales ou humaines dans les champs.

Il faut dire que je suis en fin de saison sèche, les champs sont complètements asséchés et inutilisés. Mais j’ai vu des photos d’ici en saison des pluies, et tout est vert ! Je pense donc que les locaux s’occupent des champs plutôt pendant cette saison là.

Mayo N’Daga

Puis j’arrive enfin au plus grand village de cette traversée, Mayo N’Daga, qui reste pourtant un tout petit village.

Ce petit village a un charme incroyable avec ses rues rouges de terres, ses maisons en tôles et sa mosquée bleue !

C’est l’occasion de faire de nombreuses rencontres avec les locaux, toujours aussi gentils.

J’ai surtout un excellent souvenir de cette minuscule frontière pour sortir du Nigéria, barré par des bouts de bois au milieu de la route, j’y ai été accueilli les bras grands ouverts, je pense qu’ils ne voient pas des touristes tous les jours.

On m’a fait tous les papiers sans aucun problème, le chef de la police m’a même partagé son snack, des bananes plantains cuite, c’était délicieux.

Pendant que je savourait au seul plat que j’ai trouvé depuis le début de la traversée, il m’a posé beaucoup de questions sur mon projet, mon itinéraire ect… C’était vraiment un policier incroyable.

Comme vous pouvez l’imaginer le côté Cameroun est tout aussi beau que le côté Nigéria.

Enfin je suis pas tout à fait au Cameroun encore, je suis entre le Nigéria et le Cameroun, j’ai un peu de route à faire avant de rejoindre le poste d’entrée au Cameroun.

C’est juste avant le barrage de la frontière du Cameroun que je découvre enfin la fameuse rivière qui me faisait si peur !

Heureusement celle-ci est presque à sec et ne représente absolument pas un obstacle, j’ai eu la chance de traverser au tout début de la saison des pluies !

Là encore les policiers Camerounais qui m’accueillent sont super gentils, j’ai longuement discuté avec eux avant de continuer ma route, tous les papiers valides en poche.

Arrivé à Banyo

La route jusqu’à Banyo est extrêmement simple, je m’arrête tout de même à la douane pour faire un laisser passer, il est gratuit mais ils ont tenté de me le faire payer, heureusement je ne suis pas dupe !

Je découvre alors Banyo depuis les hauteurs et je réalise vraiment que je l’ai fais.

JE SUIS RASSURÉ ! Depuis le début de la traversée j’enchaine les obstacles sans jamais être certains de pouvoir arriver au bout, je n’osais même pas penser à la possibilité de ne plus pouvoir avancer et de devoir faire demi tour. Est ce que j’aurais réussi à passer les obstacles en sens inverse? Est ce que j’aurais eu assez d’essence?

J’ai préféré ne pas y penser et continuer ma route, alors je savoure ce moment, ce moment où je réalise que ça y est, j’ai vraiment réussi cette traversée qui me faisait peur depuis le début du voyage et qui aurait pu remettre en question l’intégralité de ce projet.

Conclusion : le plus gros challenge de ma vie

Cette étape était le plus grand obstacle de mon tour d’Afrique, c’est ce passage qui fait que les gens pensent qu’il est impossible de faire un tour d’Afrique.

Voilà 8 mois que j’ai pris la route et que j’ai redouté ce moment, j’avais peur de venir jusque là et de tomber sur un obstacle infranchissable, mais en même temps j’étais obligé de venir jusque là pour tenter ma chance. C’était donc un pari très risqué auquel je ne croyais pas plus que ça, mais je sentais qu’il fallait que je le tente.

J’ai quand même gardé espoir tout le long de ce voyage, et ce malgré que l’ambassade, les locaux et les personnes sur les forums me certifiaient que je n’y arriverais pas.

Aujourd’hui je l’ai fais, j’ai encore beaucoup de mal à le réaliser, mais surmonter cet obstacle c’était garantir que je pourrais continuer mon tour d’Afrique, mais c’est surtout la réussite d’un défi, un défi auquel je pensais tous les jours depuis 8 mois.

Ce jour là je me suis grandement exposé à la déception, ça aurait très bien pu devenir le dernier jour de mon tour d’Afrique, mais il fallait bien que je m’expose à ça pour avoir une chance d’essayer de franchir cet obstacle. Ce fût un jour pleins d’émotions, à la fois de peur, d’excitation et de joie.

Je savais que ce moment je m’en souviendrais toute ma vie, il y a 6 mois de ça je m’étais dis que si j’arrivais à franchir cet obstacle, il fallait que je prenne une photo de moi juste après, avec toute la fatigue et la saleté accumulée de la journée.

Je voulais avoir ce portrait pour me souvenir de ce moment, pour me rappeler que j’ai fais tout ce chemin alors que tout le monde me disait que je n’y arriverais pas, que j’ai gardé confiance et que j’ai finalement pu y arriver en persévérant et en croyant en moi. Parce que c’est important de le savoir, mais les limites des autres ne sont pas les nôtres.

Plus tard je pourrais regarder cette photo fièrement, et me rappeler que tout est possible, que les gens sont démotivant mais qu’on peut avoir une source de motivation infaillible à l’intérieur de soi, et que tant qu’on y croit, tout est réalisable.

Photo à l'arrivée de Banyo, après le passage de la frontière du Cameroun

Pour ceux qui souhaitent traverser la frontière

Si comme moi il y a 2 ans de ça, vous cherchez à savoir si il est possible de traverser cette frontière avec ou sans 4×4. Sachez que cette frontière est largement réalisable, même en 2×4 pas du tout adaptée.

Tant que vous prenez le temps de réfléchir avant d’avancer, de prendre le meilleur côté du chemin et que vous persévérer face aux obstacles, rien n’est infaisable sur cette frontière, au contraire de ce qu’on vous dira.

Et ne laissez personne fixer vos limites à vôtre place, la seule façon de savoir vraiment ce dont vous êtes capables, c’est d’aller interroger ses propres limites sur place.

Evidemment, je vous conseille vivement d’être moins à l’arrache que moi et de prévoir des bons freins ou une tôle sous la voiture pour passer la frontière, mais même sans ça, vous pouvez le faire.

Et puis si vraiment vous avez un gros problème et que vous êtes coincés, il reste tout de même une solution potentielle. A l’entrée du Cameroun il y a ces camions 6×6 qui pourront probablement vous tirer d’affaire en échange de quelques billets.

C’est vrai que c’est une frontière qui peut vite se transformer en une fin de voyage si vous ne faites pas attention, mais avant d’abandonner essayez de penser à toutes les solutions, même les plus folles. Il y a quasiment toujours une solution.

Comment traverser la frontière du Nigéria par Banyo

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