Sacrifice Vaudou à la Forêt sacrée de Ouidah

Sacrifice vaudou dans la forêt sacrée de Ouidah et ses divinités

La légende de la forêt sacrée de Kpassè à Ouidah, commence avec la disparition du roi Kpassè, fondateur de l’ancien royaume de Houéda.

Le roi serait réapparu dans la forêt, métamorphosé en Iroko et son esprit y serait resté jusqu’à aujourd’hui.

La forêt est donc un lieu de culte depuis cette époque, où les habitants y font leurs prières et leurs sacrifices.

L’entrée est payante mais on peut s’y balader librement, il y a évidemment quelques guides locaux à l’entrée qui tentent de vendre leurs prestations, mais je les ai trouvé très respectueux et compréhensifs quand je leurs ai expliqué que je voulais visiter par moi même.

Visiter la forêt sacrée de Kpassè à Ouidah

Les divinités de la forêt

On trouve beaucoup de divinitées représentés dans la forêt de Ouidah par des sculptures, toutes aussi intrigantes les unes que les autres.

Tolègba

A commencer par Tolègba, l’une des premières sculptures qu’on peut rencontrer à l’entrée de la forêt.

C’est une divinité aussi bonne que mauvaise, il est réputé pour protéger les villages et le peuple, y compris leurs biens et leurs santé. Mais il peut être invoqué par n’importe qui, incluant les malfaiteurs, d’où sa réputation de divinité dangereuse.

La divinité de Talègba dans la forêt sacrée de Ouidah

Dan

C’est une divinité qui symbolise la continuité de la vie, il représente la prospérité et peut faire des dons de matériels. La divinité dispose de certains principes qu’il ne faut pas violer, au risque d’être châtié.

Dan est souvent représenté comme un serpent, mais il peut prendre plusieurs formes, y compris celle de l’arc en ciel que les Yoruba appellent Oshumaré comme sur cette sculpture. Il représente alors la continuité et la permanence, d’où sa forme du serpent qui se mord la queue.

 

La divinité Dan dans la forêt sacrée de Ouidah

Hévioso

C’est le dieu du ciel, de la foudre et de la pluie, il est connu pour être un justicier qui foudroie les menteurs et les voleurs.

Le plus fou c’est que la divinité aurait pour origine historique le roi Shango, un vrai roi ayant existé et ayant fondé le royaume d’Oyo au 15ème siècle.

Je trouve passionnant le fait que les rois à l’époque étaient souvent comparés à des animaux, à des surhommes ou même à des dieux disposant de pouvoirs. Et qu’après leurs morts, le peuple ne les considéra jamais pour mort, mais comme des divinités immortelles, qui sont toujours vénérées même 600 ans après.

La divinité Hévioso dans la forêt sacrée de Ouidah

Il existe encore de nombreuses divinités, représentées dans la forêt par différents artistes Béninois, avec pour chacun leurs propres pouvoirs et histoires, ces divinités sont souvent matérialisées dans les villages aussi, mais leurs sculptures sont beaucoup moins précises qu’ici.

Ce qui me permet de vraiment bien les distinguer et de découvrir chaque divinité dans toute son étrangeté :

Des petites statues en bois les unes sur les autres bordent la forêt, chaque visage et chaque détails sont superbes. Tout ça donne une ambiance très particulière à la forêt.

Le sacrifice

J’ai été invité par le frère de l’actuel roi de Ouidah à assister à une cérémonie de sacrifice.

C’est le directeur d’un lycée à Cotonou qui en a fait la demande, il avait fait le vœu que son lycée prospère il y a quelque temps, il revient donc satisfaire les divinités car son vœu a été exaucé.

En général pour les animistes de l’Afrique de l’Ouest, on peut faire un sacrifice (végétal ou animal) pour demander à ce qu’un vœu soit exaucé. Durant la cérémonie on promet à la divinité un autre sacrifice, souvent plus grand, si le vœu est exaucé on revient satisfaire le dieu qui nous as aidé.

Sacrifice Vaudou à la Forêt sacrée de Ouidah

Au début de la cérémonie, tout le monde se met torse nu, y compris les femmes (qui n’apparaitront pas sur les photos), puis ils chantent tous ensemble.

Ensuite ils se rassemblent devant le roi (que je n’ai pas pu prendre en photo non plus), et présente le sacrifice du directeur, ici c’est une chèvre et une poule.

Sacrifice Vaudou à la Forêt sacrée de Ouidah

Puis pendant que le roi répète un chant rituel, les hommes tiennent la chèvre au dessus du sol, pose un bol dessous qui servira de réceptacle, et commence à lui trancher la gorge avec force.

C’est un rituel très dur à voir, la chèvre gigotte beaucoup, le sang coule à flot et comme si ça ne suffisait pas, cette espèce de chèvre a un cri qui ressemble à un cri d’enfant humain.

Bref, je n’ai pas quitté la scène des yeux, c’était très important pour moi d’y assister, mais je reconnais que c’est très dur à voir. J’ai tout de même beaucoup de respect pour toutes les religions, malgré la souffrance évidente de la chèvre. On ne peut pas juger ces pratiques de barbares sans essayer de les comprendre.

Sacrifice Vaudou à la Forêt sacrée de Ouidah

La chèvre est ensuite jetée dans la forêt dense qui bordent l’autel aux sacrifices, ce qui explique l’odeur de décomposition qui régnait par ici. La chair n’est évidemment pas consommée, puisqu’elle est offerte, avec la vie de la chèvre, aux divinités qui la consommeront à leurs façons.

Le roi prend ensuite le sang récolté, et le jette sur un drap entouré autour de l’Iroko qui représente la divinité de l’ancien roi. Le jaune sur le drap est une poudre beaucoup utilisée pour les rituels vaudous, elle permettrait de relier le monde matériel à celui des divinités qui est immatériel.

 

Sacrifice Vaudou à la Forêt sacrée de Ouidah

Maintenant que le sang du sacrifice est offert à la divinité, que la poudre permet de transmettre le message à celle-ci, le directeur peut maintenant remercier la divinité et demander un autre vœu.

Mais avant ça un homme passe devant chaque invité à la cérémonie, qui doivent mettre les poings croisés devant, tandis que cet homme passe son poing au milieu des bras et brise ce croisement, et ça 3 fois. Ceci a pour but de purger nos pêchés.

Puis tout le monde passe un à un devant l’Iroko et fait un vœu en le touchant. J’ai été invité à le faire aussi, d’habitude je n’aime pas trop me mêler directement aux croyances qui ne sont pas les miennes, mais je n’allais pas refuser. J’ai donc fais le vœu de finir mon tour d’Afrique en touchant l’Iroko et je suis allé me rasseoir.

Ça peut paraitre niais, mais tout de suite après m’être assis, un papillon est venu se poser sur moi. Chose qui ne m’était pas arrivé depuis très longtemps, et absolument jamais sur ce continent. Alors message divin ou simple hasard? Je n’ai pas envie de trancher.

Pour finir la cérémonie, les femmes passent et nous offrent des gâteaux, des bonbons et une boisson de la part du directeur. Ça peut paraitre peu, mais offrir de telles choses dans un pays comme le Bénin est une vrai marque de richesse.

Sacrifice vaudou dans la forêt sacrée de Ouidah

Cette expérience totalement inattendue m’a beaucoup marquée, malgré que j’étais en total incruste, toutes les personnes autour de moi ont été d’un accueil très chaleureux. Sauf le roi qui ne m’autorisa plus à prendre de photos après le sacrifice, il était visiblement un peu dérangé par la présence d’un touriste, ce que je comprend totalement.

Le frère du roi n’était pas présent, mais un guide venu avec le directeur était là, et en voyant à quel point ça m’intéressait, il s’est occupé de tout m’expliquer pour le simple plaisir de partager sa culture à un Européen.

Je me rappel donc de cette expérience, comme d’une expérience unique et inattendu, mais aussi comme une expérience de rencontre chaleureuse avec le peuple Béninois, dont j’ai pu observer la culture comme l’un des leurs.

Même si j’aurais pu avoir la même expérience avec un guide, en ayant en plus la certitude de la vivre, elle n’aurait clairement pas eu la même importance pour moi.

Voyager sans guide c’est forcément s’exposer à rater des renseignements et des expériences, mais ça permet de s’ouvrir entièrement aux expériences et aux relations 100% authentiques. Elles n’ont certes pas toujours lieux, mais quand ça arrive, elles restent marquées à vie.

Le temple des Pythons

On peut trouver à Ouidah un lieu de culte dédié aux Pythons, où on en trouverais une centaine. Cet animal est vénéré pour une grande partie de la population car il représente Dangbé, une des formes de Dan dont j’ai parlé plus haut.

Ici les Pythons sont dans un havre de paix, ils ne sont pas chassés, ils sont libre de sortir et rentrent même dans les habitations voisines, les habitants y sont habitués et les ramènent parfois lorsqu’ils tardent à rentrer.

Les adeptes de ce culte sont souvent reconnu grâce à des scarifications très précises sur leurs corps.

Visiter le temple des Pythons à Ouidah
Visiter le temple des Pythons à Ouidah

Je vais être assez direct, le temple n’a plus rien d’authentique, les locaux qui le tiennent sont visiblement fatigués de voir des touristes, quand on visite le temple on passe au milieu des autres touristes qui prennent des photos avec un python autour du cou, l’authenticité est totalement perdu.

C’est clairement une visite dont on peut se passer, ce serait bien plus intéressant de découvrir Ouidah et ses habitants.

Je reviens d'un voyage d'un an à moto en Asie, prochaine étape l'Afrique en C15 !

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