Découvrir seul Makoko, le plus grand bidonville du monde

Rentrer seul dans Makoko, le plus grand bidonville du monde

Le village lacustre de Makoko est souvent qualifié comme étant “Le plus grand bidonville du monde”, en effet, Makoko est un énorme village construit sur pilotis juste au dessus de la lagune de Lagos, avec entre 40 000 et 300 000 habitants, le recensement étant très compliqué.

Lagos méprise totalement son existence, allant jusqu’à tenter de le démolir fréquemment, Makoko n’est d’ailleurs même pas présent sur les cartes de Lagos, alors que le village existe depuis plus de 200 ans.

C’est un village construit majoritairement avec des matériaux de récupération, il y vit une population très pauvre qui vit dans des conditions insalubres, le village est effectivement extrêmement sale pour la simple raison que les habitants n’ont pas d’autres choix que de jeter leurs déchets dans la lagune, qui les rejettent automatiquement sous leurs maisons.

 

 

L’histoire de Makoko

Makoko au 18ème siècle est un petit village fondé par des pêcheurs Ogu, qui ont fuit l’empire de Dahomey (actuel Bénin), face aux conflits entre le Dahomey et la France.

Petit à petit le village s’est construit sur l’eau pour continuer de croitre malgré le manque de place et le prix toujours plus élevé de l’immobilier à Lagos, s’en est suivi une énorme augmentation démographique vue d’un très mauvais œil par les dirigeants de Lagos.

En Juin 1990, une décision est prise, le village est rasé sans aucun plan de relogement pour les 300 000 habitants de Makoko, qui ne tarde pas à se réinstaller sur la lagune de façon encore plus précaire, avec des matériaux récupérés.

Lagos tentent de démolir le village à plusieurs reprises, Makoko tombe et se reconstruit continuellement, jusqu’à la dernière démolition en date : 2012, les logements de 30 000 habitants furent incendiés, c’est la mort d’un habitant face à la Police qui fit réagir les ONG et qui arrêta toute l'opération.

Aujourd’hui un plan de développement du bidonville est proposé par les ONG, et très récemment sa cartographie fut réalisé à l’aide de plusieurs drones, grâce à l’initiative de Code for Africa.

L’espoir d’être un jour accepté par Lagos commence donc à naître petit à petit à Makoko, après une très longue période de tentative de suppression du village et délogement de ses habitants.

Tentative de voir Makoko de l’intérieur

C’est donc ce village que je m’apprête à visiter par tous les moyens, je ne connaissais pas son histoire à ce moment là, mais depuis le pont j’avais ressentis que j’étais face à un village très particulier.

Evidemment il n’y a pas d’endroit touristique à Makoko où des barques attendraient des touristes pour se promener dans les rues inondées de Makoko. Je dois donc me débrouiller seul pour trouver une barque, j’avais conscience que je m’exposais à être très mal reçu, mais tant pis, je voulais tout faire pour essayer de découvrir ce village.

Je m’approche donc le plus possible de la lagune par la route, je me gare juste au bord de celle-ci où commence à peine le village de Makoko, dont les premières maisons sont au sol, et je me met en quête de m’approcher à pied jusqu’au bord de l’eau et trouver un homme pour me guider en barque.

Evidemment tout le monde me regarde très étonné, je croise une femme à qui je demande “où est-ce que je peux trouver une barque?”, elle me guide vers un homme, je lui explique ce que j’aimerais faire et on s’entend sur un prix.

Je ne pensais pas trouver aussi vite, mais c'est aussi ça la beauté de l'Afrique, tout se monnaye, et à partir de là on peut tout réaliser à partir du moment où l'on ose demander et discuter. En tout cas mon conducteur (photo ci dessous), était très heureux de me conduire, même en négociant je payerais toujours beaucoup plus pour ses services qu'un local.

Découverte de Makoko

Ma première vision dans la barque fût de découvrir les toilettes perchés juste au dessus de l’eau, plus loin j’ai aussi vu des enfants se tenir juste au dessus de l’eau depuis leur maison sur pilotis pour faire leur gros besoin dans l’eau.

Evidemment personne ne se baigne dans l’eau au milieu du village, l’eau y est d’un noir profond, il n’y a aucun doute sur sa toxicité. En revanche il suffit de sortir un tout petit peu du village pour voir les enfants s'y baigner.

J’ai tout de suite compris que j’étais entrain de découvrir un village vivant dans des conditions insalubres inimaginables malgré eux, et qu’une grande partie d’entre eux ne s'en rendait pas entièrement compte, puisqu’ils ont toujours vécu comme ça.

On a commencé par naviguer dans les petites ruelles du début du village dans cette eau noire et opaque, passant entre les maisons sur pilotis qui constituent le village.

Pour petit à petit rejoindre les plus grandes rues du village sur pilotis, j'étais très loin de m'attendre à ce que j'allais voir.

De temps en temps on passe sous des ponts construits avec les moyens du bord, il y en a uniquement en périphérie du village, plus loin on ne se déplace pas sans barque.

Découvrir Makoko à Lagos au Nigéria

En rentrant dans le centre de Makoko nous avons commencé à croiser beaucoup de monde, évidemment les regards sont tous fixés sur moi, et c’est parfois dur d’être confiant en prenant des photos dans ce genre d’endroit.

Mais j’ai vite été rassuré par la majeur partie des réactions, la plupart des locaux réagissaient très bien, soit ils m’observaient de loin sans rien dire, bouche bée, soit ils me faisaient des signes, souriaient, tout en m’appelant “le blanc” dans leur langue.

Visiter Makoko de l'intérieur à Lagos

Arrêt imprévu chez le chef du village

L’homme qui conduisait la barque ne parlait pas quasiment pas Anglais, ce fût donc très dur de savoir pourquoi il m’amenait à une maison en particulier.

En rentrant je découvre des jeunes hommes, assez bien habillés par rapport aux autres villageois, je découvre vite qu’il s’agit du fils du chef du village et de membres de sa famille, des personnes très importantes à Makoko.

Ils m’accueillent dans la maison du chef, c’est là que le chef fait ses réunions et discute des problèmes de Makoko avec les habitants, le bâtiment sert aussi de salle de cours.

Le fils du chef est très content de me voir, mais un peu énervé car le conducteur de la barque ne s’est pas arrêté tout de suite à la maison du chef, alors que c’est une obligation pour tout étranger à Makoko. C’est d’ailleurs le cas dans beaucoup de villages en Afrique.

Evidemment il y a une sorte de droit d’entrée à payer au chef du village, afin de profiter du peu de personnes qui osent s’aventurer par ici. Je le paye sans aucun soucis, j’espère juste que cet argent servira vraiment au village et non au confort de ses dirigeants. Mais c’est pas dans ce genre d’endroit que je peux demander un ticket d’entrée pour en être certains.

Le fils du chef a tout de même beaucoup apprécié ma venue, les visites d’Européens sont très rares, il prend le temps de m’expliquer l’histoire de Makoko, qui s’appelait au départ le village Mahoho, se déformant peu à peu en Makoko.

Le Mahoho c’est une punition pour les voleurs qui se font attraper, ils sont mis seuls dans une barque tandis que le chef, du haut de sa maison, leur crie dessus devant tout le village. Le Mahoho c’est donc une humiliation publique.

Sur la photo en dessous on peut voir un ami du fils du chef de village à droite, et à gauche un simple pêcheur du village. Je dois avouer que ces jeunes, même issu d’une bonne famille de Makoko, restent très proche de ses habitants et sont aimés de tous.

Le centre de Makoko

Après ça je découvre la plus grande rue de Makoko, un vrai carrefour où des dizaines de barques tentent de se frayer un chemin, toujours avec beaucoup de respect, malgré que beaucoup d’entres elles s’entrechoquent.

C’est là que je découvre vraiment que la lagune fait complétement partie de la vie des habitants, certaines barques sont des magasins flottants, d’autres transportent des denrées, et je vois beaucoup de très jeunes enfants seuls qui gèrent déjà une barque sans problème.

On sent bien que la première chose que les habitants apprennent c’est de manier une barque, car c’est leur seul moyen de se déplacemer, certaines maisons sur pilotis sont reliés mais on ne vas jamais très loin comme ça.

C’est dans cette avenue que j’ai pris une photo que je considère parmi les plus belles de tout mon tour d’Afrique.

On y voit 2 hommes, probablement des frères, habillés d’un blanc éclatant, impossible à garder pour les habitants de Makoko, ils brillent dans une ambiance sombre, tandis que des perches volent au dessus de leurs têtes.

Je n’ai jamais su qui étaient ces 2 hommes si bien habillés, font ils partis de la haute de Lagos? Pourquoi sont ils là? Je n’en saurais pas plus, mais leur présence au sein de ce village montre parfaitement les extrêmes entre 2 parties de la population qui vivent pourtant à côté.

En sortant du village et en découvrant vraiment la lagune sans maison et avec une eau légèrement moins noir, je découvre tous ces jeunes conducteurs de barques qui viennent ici pour s’amuser entre amis.

L’ambiance est totalement à l’amusement, les jeunes se jettent à l’eau, rigolent, ou s’aventurent sur la lagune.

C’est aussi là que je découvre les milliers de rondins attachés ensemble sur la lagune, formant un immense radeau. Les locaux utilise ça pour se déplacer sans barque sur une partie de lagune, afin de pêcher ou poser des pièges, c’est vraiment très impressionnant !

Ces photos représentent parfaitement Makoko pour moi, ces personnes modestes, vivants comme à l’époque, majoritairement de la pêche, face à un pays en constante évolution, le développement sans limite des habitants de Lagos, l’augmentation de leurs richesses, la construction de ce pont gigantesque qui leur permet de travailler plus vite…

Lagos est une ville qui s’est développé à une vitesse folle, mais elle a laissé sur le carreaux une grande partie de ses habitants.

Vue de Makoko depuis le pont

Je suis obligé de vous montrer les mêmes paysages vues depuis ce fameux pont. C’est depuis là bas que j’ai découvert Makoko et que je me suis juré de tout faire pour visiter le village de l’intérieur.

Pour résumer

Ma visite de Makoko restera gravé dans mes souvenirs à jamais, c’est le village le plus hallucinant que j’ai jamais vu. Cette façon de vivre, ces maisons, ces barques… Makoko est un mélange de village lacustre, de bidonville et d’une métropole, le village est unique en son genre et c’est totalement désorientant.

J’ai vraiment eu l’impression d’entrer dans un autre monde, une sorte de monde où les plus grandes villes d’Afrique se seraient développés sur l’eau, sans suivre un modèle Européen, créant leur propre façon de vivre, sans aucun lien avec le reste.

J’ai été agréablement surpris par l’accueil des locaux, évidemment il faut s’attendre à quelques regards, mais ça n’est pas très différent d’ailleurs en Afrique. Malgré leur condition de vie et l’épée de Damoclès de Lagos qui les menacent, les locaux sont souriants, heureux, accueillants et gentils.

 

J’ai vraiment réalisé ce que je venais de vivre bien après l’avoir vécu, pendant la visite je n’arrivais pas à réfléchir, j’étais trop absorbé à tenter de comprendre ce que j’étais entrain de voir.

J’ai aussi pris beaucoup de recul sur les conditions de vies de certaines personnes dans le monde, être témoin de la vie quotidienne des habitants de Makoko c’est relativiser sur énormément d’aspect. Sans pour autant en avoir pitié, il ne faut jamais oublier que personne ne veut de la pitié, et que même sous les pires conditions de vies, on trouve toujours de l’espoir et du bonheur.

Cette expérience est d’autant plus importante pour moi parce que j’ai longuement hésité à la tenter, j’avais peur de me faire envoyer balader, de vivre des moments gênants, voire dangereux. Je suis passé au dessus tout ça, comme si inconsciemment je savais ce qui m’attendais, et ça rend l’expérience d’autant plus marquante.

Depuis plusieurs années où je voyage, j’ai remarqué qu’à chaque fois où j’avais peur de faire quelque chose, et que j’arrivais à le faire, c’était toujours pour vivre une expérience incroyable et enrichissante derrière. Je pense qu’on est jamais perdant en sortant de sa zone de confort.

(photo prise par un pêcheur que j’ai rencontré à Makoko)

Découvrir Makoko seul, le plus grand bidonville du monde

Je reviens d'un voyage d'un an à moto en Asie, prochaine étape l'Afrique en C15 !

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