Explorer la rivière noire à Porto Novo

Porto Novo et la Rivière Noire

Porto Novo est la vraie capitale du Bénin, malgré que les institutions se soient peu à peu déplacés avec le temps vers Cotonou, la capitale économique du pays.

Son nom signifie “nouveau Porto”, pour sa ressemblance avec la ville du Portugal, alors qu’au départ elle fût nommé par les Yorubas  “Adjatchê”.

Aujourd’hui la ville est plutôt connu des touristes grâce à ses bâtiments coloniaux uniques au Bénin, faisant penser à l’architecture de certains bâtiments de Bissau, un style architectural coloré venant évidemment du Portugal.

Mais elle est aussi connu pour sa rivière à la couleur noire qui passe au milieu d’une forêt de palmiers raphias, cette rivière offre un paysage très particulier tout comme les villages qui la bordent.

Porto Novo

La première fois que j’ai vu Porto Novo c’était sur le pont qui passe au dessus de la rivière Yewa, le seul qui permet d’accéder à la ville qui est isolée par la rivière.

Je me suis garé juste à côté de 2 policiers sur des chaises en plastiques au bout du pont, ceux-ci se sont levés avec un regard qui m’a fait comprendre qu’ils allaient me chercher des poux.

Mais je leur ai calmement expliqué que je voulais prendre quelques photos depuis le pont, parce que je trouvais ses alentours magnifiques.

Ils se sont tout de suite arrêtés, un grand sourire est venu égayer leurs visages et ils m’ont autorisés à rester autant que je le voulais, je pense que mon intérêt pour leur ville et leur culture les ont touchés suffisamment, pour qu’ils abandonnent l’idée de me faire du chantage.

Nous avons même échangé nos Whatsapp avant que je reparte, tout s’est passé dans la bonne humeur, c’est le genre de rencontre qui te rappelle que ce qui différencie une bonne d’une mauvaise rencontre, c’est souvent ta réaction.

J’ai donc pu prendre des photos des pêcheurs sur la rivière Yewa librement, et profiter de ce vert fluo qu’émettent les herbes flottantes sur la rivière.

Au loin j’observe les locaux, d’ici ce ne sont que des ombres sur leurs barques, mais même à cette distance je peux les voir forcer de toute leur force sur leur bâton pour donner de l’élan à leur barque.

Curieusement, la rivière est bien moins profonde qu’elle n’en a l’air, la plupart des pêcheurs se déplacent en barque en poussant simplement sur une longue tige de raphia, pas besoin de pagayer.

Tandis que juste en dessous de moi l’un d’eux passe en barque, celui-ci pagaye, le passage sous le pont doit être plus profond.

On ne peut pas manquer de remarquer ce qui aurait dû être l’Assemblée Nationale, cet énorme bâtiment au bord de la rivière, complétement laissé à l’abandon.

Le bâtiment aurait coûté 28 millions de dollars à construire, et tout a disparu dans cette ruine qui patauge dans la gadoue et les hautes herbes. Les raisons de cet échec sont multiples, mauvaises organisations, procès, terrain compliqué et j’en passe…

C’est en tout cas un grand représentant des problèmes fréquents qui peuvent se produire dans le monde politique Africains.

 

Visiter et découvrir Porto Novo

De loin Porto Novo semble magnifique, on peut deviner sa nouvelle grande mosquée grâce à ses 4 colonnes jaunes qui restent dans l’inspiration des couleurs de la ville.

Visiter et découvrir Porto Novo

Edifices religieux

Je suis allé voir cette fameuse mosquée de près, et c’est vrai qu’elle est superbe, tout autant que son marché qui la borde de toute part, où les locaux n’arrêtent pas d’aller et venir.

Nouvelle Mosquée de Porto Novo

Dans le même genre il y a aussi l’église protestante de Porto Novo, qui est aussi bordé par un petit marché tout le long de la rue.

Ces emplacements de marchés ne sont pas hasardeux, les Africains d’une manière général sont très croyant, que ce soit en Allah, Jésus ou les divinités, ils se rendent fréquemment dans les lieux de cultes, c’est donc un emplacement idéal pour vendre des produits.

Eglise protestante de Porto Novo

On peut découvrir le temple Zangbéto Kpakli-Yaou, un grand temple très impressionnant, à l’architecture bien plus tribal, très loin de l’architecture des mosquées ou églises de la ville.

Zangbéto est une divinité protectrice originaire de Porto Novo, c’est un gardien de nuit qui assure la sécurité des villages, en voyageant au Bénin vous trouverez un bon nombre de ses représentations faites en terre dans le village.

Le Kpakli-Yaou est le roi des Zangbéto, le plus grand représentant, et c’est en toute logique que l’on trouve sa case, là où la divinité est née, à Porto Novo.

Le mieux c’est de se balader librement dans la ville pour trouver chacun de ces bâtiments coloniaux, parfois abandonnés.

C’est d’autant plus choquant lorsque les habitants passent devant, une sorte de contradiction se créé alors, on se sent à la fois en Europe et en Afrique !

Ça permet aussi de faire de nombreuses rencontres, je me souviens notamment de ce jeune avec qui j’ai beaucoup discuté, et de son Wax absolument magnifique !

Ainsi que ces jeunes qui voulaient apparaître sur une photo ! Il suffit de se balader seul dans Porto Novo pour faire des rencontres inattendus à chaque coin de rue.

La Rivière Noire

Pour visiter la rivière noire j’y suis allé au culot, je me suis approché au maximum de la rivière en Voiture jusqu’à atteindre un village au bord de celle-ci.

J’ai alors demandé au locaux où je pourrais trouver quelqu’un pour me faire un tour de barque. J’ai très vite trouvé quelqu’un qui m’a amené vers le propriétaire de la barque, avec qui j’ai pu négocier le prix, probablement très loin de ce que payent les touristes d’habitude.

Il m’a aussi offert un peu d’alcool fait avec les raphias, un alcool très fort qui mijote dans des feuilles, qu’on a bu dans une case très peu éclairée, des hommes et des femmes étaient torses nus et passaient le temps à l’ombre à boire de l’alcool.

Puis on est parti pour le petit tour de barque avec un jeune homme qui travaille pour le propriétaire de la barque.

On est parti d’un mini port qui permet aux barques de se garer pour que les passagers puissent y monter. Il n’est pas rare de croiser des femmes avec des marchandises, ou des hommes monter avec des motos.

Puis on a suivi le cours de la rivière petit à petit.

Sur le chemin on aperçoit au loin des éclaboussures, des jets d’eau accompagné d’un brouhaha aigue.

Ce sont des jeunes Béninois qui sont venus s’amuser dans l’eau noire de la rivière, ils s’amusent comme n’importe quels enfants dans le monde, ils m’ont même rappelé ces journées passés dans la rivière à côté de chez moi avec mes copains quand j’étais petit.

La barque passe au milieu de ces grands sourires accueillants, comme souvent les enfants sont très heureux de voir des touristes, certains tentent tout pour toucher cette peau blanche si étrangère à ce qu’ils connaissent.

le Béninois avec moi m’explique qu’ils utilisent des branches de raphias pour pousser sur le bord de la rivière et faire avancer la barque. Ces branches sont immenses, j’ai eu beaucoup de mal à les prendre entièrement en photo !

Je n’ose imaginer la force nécessaire pour traverser toute la rivière uniquement comme ça.

Il m’explique aussi tout ce qu’ils font avec les palmiers raphias, qui leurs servent à quasiment tout faire. On croise d’ailleurs beaucoup d’hommes avec une machette, en plein milieu des raphias, beaucoup sont là pour fabriquer de l’alcool qui sera fait grâce à une technique de distillation locale.

 

Au bout d’un moment on arrive enfin de l’autre côté de la rivière. Un autre petit port nous attends là, on tire la barque, on l’attache et on continue à pied.

La rivière noire de Porto Novo au Bénin

Sur le chemin qui mène au prochain village, je remarque sur ma droite un crâne attaché à un palmier.

Mon guide du jour m’explique que c’est un fétiche, le propriétaire de ces champs de raphias en avait marre d’être volé, il a alors décidé de protéger son champ à l’aide d’un fétiche vaudou.

Ce fétiche maudit ceux qui osent voler ses terres, les condamnant à mourir noyé. Le plus dingue c’est que cette religion est tellement accepté par tout le monde, que plus personne ne vole les raphias depuis que le fétiche est installé.

Et cette croyance forte aux fétiches je l’ai beaucoup remarqué durant mon voyage en Afrique de l’Ouest. Tout le monde croit aux malédictions, aux sorciers, aux esprits et divinités, mais ces croyances peuvent être couplé avec une religion Islamique ou Chrétienne.

Ces croyances sont tellement fortes que certains villages bannissent l’usage de fétiches, considérant ces fétiches trop dangereux !

Plus loin on croise une petite case où se trouve le gardien du village, représenté par une figure de terre. Il veille à ce qu’aucun intrus ne pénètre dans le village, si il trouve quelqu’un qu’il ne connait pas, il peut devenir très agressif.

 

Découvrir la rivière noire au Bénin

A côté de la statue il y a l’autel de l’ancien chef du village, pour qui “la nuit serait tombée”, ce qui signifie qu’il est mort, mais d’un point de vue vaudou il n’est pas mort, son âme est juste passé dans le monde immatériel.

Selon la légende, une fois sa vie accomplie, le chef du village se serait tenu debout juste là, il aurait alors commencé à rentrer petit à petit dans la terre jusqu’à disparaitre et ne faire qu’un avec le village.

Découvrir la rivière noire au Bénin

Dans le village je découvre encore une autre légende : Si ta femme te trompe, tu peux venir toucher cette longue calebasse, lorsque tu touchera ensuite les seins de ta femme, ceux-ci s’allongeront comme la calebasse et elle ne sera plus courtisé.

Mais ces légendes rigolotes sont beaucoup moins sérieuses que celles que j’ai découverte plus tôt, ce sont simplement des petites histoires de villages qu’on aime raconter !

Découvrir la rivière noire au Bénin

On visite alors le village, alors habité uniquement par des femmes et des enfants, les hommes sont partis au travail à cette heure ci.

C’est là que je découvre l’alambic local qui marche au feu de bois.

Mais cette visite fait probablement partie d’un tour touristique, je l’ai vu dans le regard des gens qu’ils étaient habitués à voir des touristes. Je ne suis donc pas resté longtemps, juste le temps de découvrir cette façon de faire de l’alcool et observer ces maisons si typiques !

Porto Novo et sa rivière font partie de mes moments préférés que j’ai passé au Bénin, en partie parce que le tour que j’ai fais était majoritairement peu touristique, ce qui m’a permis de vraiment ressentir ce sentiment de “bout du monde” qu’on peut sentir dans la rivière noire.

J’ai beaucoup aimé être accompagné de ce guide, il m’a raconté un peu sa vie, comme il s’est retrouvé à conduire des barques et travailler pour l’homme que j’ai rencontré dans le village.

Mais il est indéniable que Abomey, Cotonou, Ganvié et Porto Novo sont les endroits les plus connus du Bénin, il est donc plus compliqué de ressentir une vraie aventure plutôt qu’ailleurs.

C’est pourquoi je vous conseille d’y aller au culot pour trouver une barque dans la rivière noire, ça vous permettra d’être tranquille pour visiter, vous ferez de vrais rencontres, vous payerez probablement moins, et en plus vous faites profiter du tourisme à d’autres personnes.

Je reviens d'un voyage d'un an à moto en Asie, prochaine étape l'Afrique en C15 !

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