Visiter le parc national de Comoé seul

Le parc national de Comoé… Seul

Le parc national de Comoé est un parc situé dans l’extrême Nord de la Côte d’Ivoire près du Burkina Faso, il dispose de nombreux paysages à la fois de savanes et de forêt tropicales, ce qui en fait l’un des plus beaux et plus riches parcs du pays.

Attaque terroriste et zone rouge

Alors que je souhaitais découvrir le parc national de Comoé, une attaque terroriste venant du Burkina arriva à la frontière du parc, les terroristes avaient été chassé du Burkina jusqu’aux portes du Cameroun, le directeur du parc avait entendu des coups de feu ce jour là.  L’ambassade a très vite réagit et a posté une zone rouge sur un rayon de 300km englobant absolument tout le parc qui est toujours effective aujourd’hui.

 

Visiter le parc national de Comoé seul

J’ai hésité à m’y rendre, je voulais absolument faire ce parc national mais le risque terroriste me faisait toujours très peur, en revanche je connaissais l’exagération de l’ambassade concernant les zones rouges alors j’ai fini par décider d’y aller et de voir sur place avec les policiers postés.

Je suis arrivé sur place 2 jours après, selon les informations les militaires s’étaient déployés dans la forêt du Burkina pour protéger le Cameroun d’une entrée des terroristes.

Je n’en ai croisé aucun sur la route, les coups de feu ont été tiré à plus de 30km de la frontière du Cameroun, j’ai tout de même demandé aux policiers postés aux barrages ce qu’il en était. Ils étaient au courant de cette zone rouge mais ils ne la comprenaient pas, j’ai demandé la même chose aux policiers suivants qui m’ont répondu la même chose.

J’ai fini par arriver devant l’entrée du parc, l’endroit le plus dangereux du parc puisqu’il est le plus proche de la frontière. J’y ai rencontré le directeur du parc, un homme blanc. Je lui ai demandé si je peux visiter le parc seul, une demande un peu spéciale mais le parc étant fermé en cette haute saison il n’y a que moi dans tout le parc entier et aucun guide.

Au départ il refuse, il ne parle absolument pas de terrorisme mais il a peur qu’il m’arrive un problème mécanique, et vu que personne ne passe dans le parc, je pourrais être coincé seul au milieu de celui-ci. Je le rassure en lui disant que j’ai les outils en cas de panne et que je saurais me débrouiller seul.

Il me laisse finalement passé avec un air qui me dit qu’il n’a pas envie de discuter de ça et qu’il a surtout envie de retourner sous la climatisation. Avant de repartir il me prévient qu’il n’y a que 20km de route carrossable, la suite nécessite un vrai 4×4.

Entrée du parc

Je rentre donc dans le parc en prenant le risque d’être coincé ou de me faire enlever… Qu’es qui pourrait être pire? Une autre surprise m’attends.

Au début la route est vraiment bonne, elle suit la rivière Comoé, le parc est très beau malgré que des champs entiers soient brulées, je me demande pourquoi on met à feu ces champs… Je comprendrais plus tard…

Au bout d’une vingtaine de kilomètres je croise un Bubale de Coke, une antilope :

Bubale de Coke dans le parc national de Comoé
Bubale de Coke dans le parc national de Comoé

Celui-ci n’est pas très effrayé, ça me permet de l’approcher un peu.

Plus loin je croise une Outarde, c’est un très grand oiseau, presque aussi grand que moi, en revanche il détale dès que j’arrive au milieu des arbres carbonisés par le feu.

Outarde dans le parc national de Comoé

Je croise aussi beaucoup de Singe Patas sur le bord de la route :

Singe Patas dans le parc national de Comoé

Parfois un sentier bifurque vers la rivière, ce qui me permet d’y accéder, d’un coup les paysages de savanes laissent place à un paysage plus tropical, un petit paradis pour bon nombre d’oiseaux comme le Vanneau du Sénégal ou cet énorme rapace :

Visiter le parc national de Comoé seul
Vanneau du Sénégal dans le parc national de Comoé

Parfois les feux de forêt ont fait tomber des arbres sur le sentier, heureusement pour moi des 4×4 sont passés par là, leurs traces me guident hors du sentier pour contourner ce barrage sur la route.

Visiter le parc national de Comoé seul

La plus belle des rencontres

Vers la fin du parcours je gare ma voiture sur le sentier et je longe la rivière à pied pour chercher des hippopotames même si je n’y croyais pas.

C’est au loin que je distingue quelques formes que je connais bien, je les avaient vu pour la première fois en Gambie !

Tout de suite je me jette dans la forêt en longeant la rivière pour m’approcher le plus possible, je ne prends aucun risque puisque je suis en hauteur par rapport à l’eau et je reste tout de même à une bonne distance. Finalement je trouve l’endroit idéal pour les observer !

Hippopotames dans le parc national de Comoé

Il y a 2 adultes et un petit qui s’amuse au loin ! Je tremble d’excitation de découvrir ces animaux totalement seul au milieu de la savane Africaine, les mouches me piquent pendant que je prend les photos mais je ne les sent même plus.

Je reste bien 30 minutes à les observer.

Sur les derniers kilomètres du sentier, la route est très dangereuse pour la voiture, il est très facile d’y percer un carter ou crever un pneu, je fais donc très attention en roulant, après plusieurs mois de conduite en Afrique je suis habitué à ces chemins.

Le sentier mène peu à peu à la rivière, je me doute que c’est la fin du sentier car la suite demande de passer la rivière, sans pont.

Visiter le parc national de Comoé seul

Au bout du sentier je prend le temps de profiter de la rivière, ici on dirait un petit paradis, l’eau coule doucement, tout est verdoyant, c’est magnifique !

Puis je fais demi tour et je bifurque à l’Ouest pour retrouver une route normal et rejoindre la civilisation.

Des mouches Tsé-Tsé?

Durant tout le temps que j’ai passé dans le parc j’ai été piqué par des mouches qui me suçaient le sang, au début elles étaient peu nombreuses mais plus je m’éloignais dans le parc, moins les broussailles étaient brulées et plus les mouches étaient présentes. Je présume donc que les feux servaient à ça.

Au bout d’un moment il y en avait tellement que je me refusais à sortir, les seuls fois où je sortais, comme pour aller voir les hippopotames, je me jetais de la voiture et je claquais la porte aussi sec. Les mouches me suivaient pendant que je marchais mais elles n’arrivaient à me piquer que si je m’arrêtais.

Par contre elles arrivaient toujours à rentrer dans la voiture dès que j’ouvrais la porte, même un instant. Je n’ai pas arrêté de les écraser dans un coin du parebrise avec mon téléphone parce que bien que leurs piqures ne soit pas très douloureuse, elle l’est suffisamment pour déranger la conduite, la route était suffisamment mauvaise comme ça.

Lorsque j’écrasais une mouche rempli de sang c’était comme écraser un moustique rempli de sang mais en 20 fois pire, à la fin mon téléphone était littéralement couvert de sang. Ces mouches étaient un vrai cauchemar.

Ces mouches m’ont tellement traumatisé que mon premier réflexe en sortant du parc fût de regarder sur internet ce que c’était, je n’avais encore jamais rencontré de mouche suceuse de sang, et celles-ci étaient vraiment voraces ! Mais j’ai vite abandonné en ne trouvant rien de précis.

C’est en écrivant cet article, plus d’un an après que j’ai de nouveau cherché le nom de cette mouche, j’ai fini par trouver… C’était des mouches Tsé-Tsé ! Il n’y a aucun doute à ça.

Mais les mouches Tsé-Tsé ne sont que des vecteurs de la maladie, tout comme le moustique se faire piquer ne signifie pas être forcément malade, et visiblement j’ai eu la chance de ne rien attraper !

Si vous allez dans le parc en saison des pluies vous n’avez pas à vous inquiéter de ces mouches, elles ne survivent qu’en milieu de sécheresse.

Terroriste + Mauvaise route + Tsé-Tsé

C’est vrai que vu comme ça on peut se dire que j’ai pris beaucoup de risque pour pas grand chose, mais ce n’est pas tout à fait le cas.

Je ne pense pas avoir pris de risque de me faire enlever, comme d’habitude l’ambassade crie au loup avant d’en voir la queue, mettant en péril l’un des derniers parcs nationaux du pays qui soit encore debout, la zone rouge est d’ailleurs toujours en place. C’est un gros problème qui mériterait d’être bien plus développé mais les zones rouges ont un fort impact sur le tourisme et donc la survie des animaux dans ce cas précis. Poser une zone rouge devrait donc être un acte réfléchis et non automatique dans le seul but de se libérer d’une quelconque responsabilité en cas d’une infime chance d’être attaqué. Ce n’est pas la seule zone rouge que j’ai croisé durant mon voyage qui était exagérée mais je ferais un article entier sur cette facilité de mettre des zones rouge en Afrique plus tard.

Pour ce qui est de la mauvaise route il est vrai que je me suis fais quelques frayeurs, lorsque j’étais au fond du parc j’étais trop loin de tout le monde pour trouver de l’aide en cas de pépins, et c’est ici que la route était le pire, mais tant que ça reste un mauvais état de route et pas de la boue ou du sable, il est toujours facile de passer en roulant doucement et en faisant attention. Dans tous les cas j’avais pris en compte que je pouvais survivre plusieurs jours dans ma voiture puisque le Kangoo est équipé en eau et nourriture.

Pour la mouche Tsé-Tsé je ne m’y attendais absolument pas, c’est vrai que ces attaques incessantes étaient éreintantes, en revanche ma santé n’était pas vraiment en danger, je venais de me faire soigner du paludisme qui m’avait servi de leçon, je savais que si je ressentais le moindre symptôme mon premier réflexe aurait été d’aller voir un médecin.  Tout comme le palud, le trypanosomiases (véhiculé par la mouche Tsé-Tsé) est vraiment mortel si il n’est pas soigné et qu’il se développe.

Une rencontre mémorable

J’ai toujours voulu faire ces Parcs nationaux par moi même, malheureusement en Afrique de l’Ouest, peu de parcs l’autorisent, il faut voir plutôt dans le Sud pour ça, j’étais donc très heureux de pouvoir me balader librement seul dans ce parc immense !

Cette rencontre avec les hippopotames m’a vraiment marqué, n’ayant aucun signe de civilisation dans un rayon de 30km, j’étais vraiment seul face à ces énormes animaux que je pouvais observer calmement entrain de se baigner. Un moment authentique comme je les cherche.

Je n’ai donc aucun regret à être venu ici, à avoir pris ces risques, je suis partisan de dire que pour pouvoir parler de quelque chose il faut le vivre, et j’ai beaucoup appris de ce jour là.

Pour finir l’article voilà une photo de ma voiture perdu dans les broussailles et des phasmes qu’on peut trouver dans celles-ci :

Je reviens d'un voyage d'un an à moto en Asie, prochaine étape l'Afrique en C15 !

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