Vue de Tarkwa depuis les collines

Découvrir Tarkwa autrement quand on y est coincé

Pour expliquer en grande ligne comment j’ai atterri ici : j’ai eu un problème mécanique qui m’a immobilisé durant plus de 3 semaines dans un garage à Tarkwa.

Il a donc fallu que je m’occupe les dimanches pendant que les mécaniciens ne travaillaient pas et d’autres jours où il fallait que je patiente l’arrivée de pièces pour la voiture.

J’ai écris un article entier sur cette expérience qui fût très dur physiquement et mentalement mais qui m’a finalement appris énormément de choses :

Mais dans cette article je vais me concentrer sur la découverte de Tarkwa, de ses habitants et des alentours.

Tarkwa est une ville complétement inconnu du tourisme, pour les occidentaux ce n’est qu’une grande mine d’or, pourtant la ville cache une beauté insoupçonné que j’ai eu le temps de découvrir à l’aide des locaux.

Le lac sans nom de Tarkwa

Pas loin du quartier de Bogoso Junction où j’étais coincé avec ma voiture, il y a un lac où l’on m’a amené boire une bière, c’est un lieu de rassemblement pour les mineurs de la ville après leur longue journée de travail.

Ce lac n’a pas de nom selon Google Maps et son nom ne me revient plus, sur la carte il n’est même pas dessiné, c’est comme si il n’existait pas, pour le voir il faut passer en vue satellite Je pense que ça en dit long sur l’absence totale de tourisme à Tarkwa.

Pourtant le lac est d’une beauté incroyable le matin lorsque le vent fait la grasse matinée, l’eau devient alors un miroir et offre la vision de 2 mondes opposés.

Le lac est caché dans un quartier pauvre de la ville où les rues sont toutes cabossés, il faut faire attention en y roulant. Il y a aussi 2 buvettes autour du lac qui sont très prisés par les locaux pour prendre un peu de bon temps à côté de l’eau.

Ce lac est vraiment une petite perle de beauté, le petit plus c’est ce quartier qui le surplombe sur la droite, offrant un magnifique panorama sur le lac et la vie de tous les jours dans un quartier de Tarkwa.

 

Visiter le lac de Tarkwa

Du Fufu sur les collines de Tarkwa

Pendant que les travaux mécaniques sur ma voiture avançaient j’ai rencontré Agnès, une Ghanéene issue d’une famille pauvre, adoptée par une famille plus riche à Tarkwa et qui tenait la boutique de peinture de sa mère adoptive dans le quartier où ma voiture était arrêté.

J’ai donc passé pas mal de temps à discuter avec elle en patientant que les choses avancent sur ma voiture, en discutant je lui ai dis que j’étais fan du Fufu (un repas traditionnel), elle m’a alors invité à venir un jour chez sa famille adoptive pour en manger un de sa préparation.

Être invité à manger Fufu au Ghana

Sa famille adoptive entièrement Ghanéenne habite sur les hauteurs de Tarkwa dans un quartier plutôt chic très prisés par les occidentaux souvent Français, Anglais et Allemand qui dirigent les extractions dans la mine d’or.

Depuis ces hauteurs on peut voir toute la ville de Tarkwa, ses différents quartiers, ses églises, mais on peut surtout voir une beauté impossible à voir normalement d’en bas.

Les maisons sont toutes très colorés avec de nombreuses couleurs et formes différentes, chaque maison est unique en son genre, mais ensemble elles crées toutes un superbe tableau où chaque détail peut être une source d’émerveillement.

 

De l’autre côté de la colline on peut voir le centre de la ville, l’aspect est tout autre, c’est beaucoup plus carré, beaucoup moins colorés mais je connais très bien ce centre. C’est le départ de tous les bus et j’ai dû m’y rendre déjà plusieurs fois pour réparer la voiture, c’est la première fois que je le découvre vue du dessus.

Je découvre les nombreux étendages de vêtements cachés derrières les grandes publicités sur les toits.

Avec Agnès et ses amis on se décide à aller faire un petit tour de la ville en marchant, il est déjà 13h30, je commence à avoir faim mais ici il n’y a pas vraiment d’heure pour manger, je ne sais absolument pas à quel heure on va commencer à manger.

Ensemble on continue de marcher le long des collines pour garder de la hauteur, sur celle d’en face je découvre encore un autre visage de Tarkwa.

 

Vue de Tarkwa depuis les collines

Je découvre alors un autre quartier avec les maisons les unes sur les autres, créant une sorte de feuilleté de toits que je trouve particulièrement esthétique. Je sais bien que ce n’est pas voulu, mais ce quartier dégage une beauté réelle et authentique.

Mes nouveaux amis Ghanéens ne comprennent pas en me voyant être ébahit par ce quartier si spécial, pour eux ce ne sont que de vieilles maisons dans un vieux quartier.

Pour l’anecdote à ce moment là je venais de découvrir que j’avais encore chopé le Paludisme, je m’étais donc couvert les jambes pour ne pas me faire piquer et le transmettre aux autres, bien que je sais qu’ils s’en foutent complètement.

Voilà pourquoi ce jour là j’avais mis un pantalon et que j’avais une petite mine. J’avais aussi un peu grossi, je ne saurais dire si c’était dû au Palud ou au Fufu que je mangeais quotidiennement à ce moment là.

Être invité à manger Fufu au Ghana

Après ce petit périple nous sommes rentré chez Agnès pour manger le fameux Fufu ! Une fois chez elle j’ai repéré un Souimanga de Mariqua dans un arbre, c’est un magnifique oiseau plutôt répandu au Ghana.

Le Souimanga de Mariqa au Ghana

Agnès se met alors dans la cuisine pour faire le Fufu, elle concasse du manioc avec de la banane plantin pour en faire une grosse pâte.

Puis elle met cette pâte dans un mortier-pilon et le tourne avec la main pendant que son frère adoptif frappe la pâte aussi fort qu’il le peut. Tout en tournant la pâte elle y ajoute de l’eau et retire les potentiels morceaux non concassés.

C’est plutôt hallucinant à voir, Agnès doit très rapidement mettre sa main sous le pilon, tourner la pâte, enlever peut être un morceau, et tout ça avant que le pilon ne revienne et ne frappe sa main.

Lorsque les 2 personnes sont expérimentés cela peut aller très vite, mais comme Agnès me l’a raconté, les premières fois on se fait souvent frapper la main.

Dans le Fufu on met toujours une viande peu importe laquelle, la meilleure viande selon les Ghanéens c’est la « Bush meat », littéralement la viande de la forêt, la viande sauvage qui fût chassé. Et dans la Bush Meat on peut trouver absolument de tout, des animaux dont vous n’avez jamais entendu parler jusqu’à des espèces protégés.

Mais aujourd’hui Agnès a décidé de me faire un Fufu au crabe ! C’est la première fois que j’en goûte un comme ça et c’était délicieux évidemment !

Voilà le résultat :

Traditionnel Fufu au Ghana

Petit coup de gueule :

Lorsque nous avons fait un petit tour dans le quartier, j’ai pu constaté la différence entre la partie de la colline habité par « les blancs » et l’autre côté habité par les locaux.

Les locaux habitent dans de petites maisons toujours en travaux, toujours ouvertes aux autres et sans aucune sécurité.

Tandis que les maisons des « blancs » comme tout le monde les appellent ici, sont entièrement grillagés, électrifiés, ils ont un chauffeur, un gardien souvent payé par l’entreprise qui pille l’or juste à côté. Le confort de la maison est totalement exagéré même pour un occidental, ce sont de grandes villas ultras équipés avec piscine.

En discutant avec Agnès de tout ça, elle s’est permise de dire le fond de sa pensée, les Ghanéens sont souvent très polis et se permettent rarement de critiquer comme ça, mais visiblement elle était confiante.

Elle m’a avoué que le comportement des « blancs » à Tarkwa était totalement irrespectueux, toutes ces personnes travaillent dans la mine d’or où ils donnent des ordres aux locaux qui extraient l’or, indirectement ils pillent les ressources du pays pour les envoyer en Europe. Ils sont conduits depuis leur domicile jusqu’au travail dans une voiture teinté avec un chauffeur et ne se mêlent jamais à la population.

Les locaux de Tarkwa ont donc un très mauvais opinion des blancs qu’ils voient comme des pilleurs, qui vivent dans un confort extrême par rapport à eux grâce à l’argent de leurs ressources, et qui en plus ne considère pas les locaux suffisamment bien pour se mélanger. Je trouve ça terrible.

Et ça je l’ai beaucoup ressenti pendant mon passage à Tarkwa, j’ai raconté quelques anecdotes dans mon article précédent à ce sujet.

La mine d’or de Tarkwa

Comment parler de Tarkwa sans parler de sa mine d’or ?

Le Ghana est aujourd’hui le plus grand producteur d’or d’Afrique, et la mine de Tarkwa est de loin l’une des plus grandes, elle est d’ailleurs plus grande que la ville elle même, c’est vraiment effrayant.

 

La mine d'or de tarkwa

Elle est si grande que depuis le centre de Tarkwa on peut voir la mine dominer la ville de sa hauteur !

Le Ghana a donc détrôné l’Afrique du Sud comme premier producteur d’or, l’ironie c’est que ce sont des compagnies Sud Africaines qui pille le sol du Ghana qui ne dispose plus que de 10% de l’or extrait.

La mine apporte énormément de soucis à Tarkwa, à commencer par le niveau de vie qui augmente à cause des mineurs qui sont payés plus que la moyenne, ce qui tire vers le bas tout ceux qui ne le sont pas.

Les locaux se plaignent souvent aussi de voir passer des camions remplis d’or devant eux mais de n’avoir aucune retombée sur la ville dont l’état des routes empire chaque année. Sans parler de l’accès à l’eau et à l’électricité très restreint.

Voilà les camions de la mine que j’ai croisé sur la route :

La mine d'or de tarkwa

Ça c’était les problèmes que j’ai entendu de la bouche des locaux, ceux qu’on peut voir depuis la surface et qui sont plutôt évident.

Mais si on fait quelques recherches on peut apprendre que la Mine de Tarkwa a un effet catastrophique sur la pollution d’eau dû au cyanure et aux métaux lourds utilisés pour l’extraction de l’or. Ces polluants ont déjà affecté la rivière et ont causé la perte de l’eau potable de plusieurs villages, en plus d’avoir pollué leurs cultures pour plusieurs dizaines d’années.

Et c’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je recommande de venir à Tarkwa, afin de vraiment se rendre compte de ce qui se passe dans la plupart des pays Africains disposant de beaucoup de ressources.

Esuaso

J’ai découvert Esuaso un dimanche, alors que les mécaniciens ne travaillaient pas, je cherchais à m’occuper et à m’évader afin d’affronter la semaine suivante avec toute la motivation nécessaire.

En cherchant en vue satellite autour de Tarkwa à l’aide de Google Maps, j’ai découvert un petit village perdu dans la montagne à près de 30km d’ici. Il ne m’en a pas fallu plus pour partir le matin dans le centre à la recherche d’un taxi vers Esuaso.

J’avais un peu peur en partant, je me lançais dans l’inconnu le plus total, je savais pas si je serais bien accueilli et je ne disposerais même pas de ma voiture pour repartir aussitôt si je ne le sentais pas, je serais coincé là bas jusqu’au retour du Taxi.

Mais j’avais besoin de bouger, de découvrir à nouveau, de m’émerveiller, ça faisait trop longtemps que j’étais coincé à Tarkwa à faire face aux problèmes mécaniques, je ne pouvais pas rater cette occasion de me revitaliser.

J’ai donc cherché dans le centre un taxi pour Esuaso en demandant à tout ceux que je croisais, j’ai finalement trouvé le taxi garé dans le centre, un homme criait « ESUASO » pour attirer ceux qui voulait s’y rendre. Je vous dis pas la tête qu’il a tiré quand je suis venu lui dire que je voulais monter.

Le Taxi en question n’était qu’une petite voiture dans laquelle je me suis serré avec un couple, la voiture n’avait évidemment pas la climatisation alors le conducteur roulait les fenêtres ouvertes pour la chaleur. Mais la route pour Esuaso est une route de terre, durant tout le trajet j’ai pris un nuage de poussière soulevé par la voiture. La femme à côté de moi avait l’habitude et avait prévu un torchon pour se protéger la bouche et le nez.

Heureusement le petit village commence à se dessiner devant moi :

Une fois arrivé j’aborde les villageois pour trouver un restaurant afin de manger, c’est là que j’ai compris qu’ils ne devaient jamais voir de touristes par ici. Tout le monde se retourne quand je passe et certains restent bouche bée quand je leurs parlent.

Finalement je réussis à trouver un petit boui-boui comme je les aime, où la femme me cuisine un délicieux Banku !

Découvrir le village inconnu d'Esuaso

Puis je décide de me longer la rivière en suivant un petit chemin, c’est là que je croise ces jeunes hommes avec des pelles et des pioches.

Ce sont des chercheurs d’or illégaux comme beaucoup ici, alors qu’une grande compagnie étrangère extrait près d’une tonne par jour à Tarkwa, ces jeunes hommes très accueillants tentent de récupérer quelques grammes à la force des bras autour de la rivière.

Les chercheurs d'or de Tarkwa au Ghana

Après cette rencontre je continue ma route jusqu’au lit de la rivière, je croise sur le chemin quelques motos avec une remoque utilisées par les chercheurs d’or.

Les chercheurs d'or de Tarkwa au Ghana

Puis je rencontre un autre chercheur d’or avec qui je marche un peu, je découvre d’anciennes mines d’or délaissées qui forment aujourd’hui un lac.

Le village inconnu d'Esuaso au Ghana

J’arrive enfin au lit de la rivière, sèche en cette saison, j’y trouve plusieurs extracteurs d’or qui utilisent une très vieille machine pour creuser directement au niveau de l’eau.

Pour certains c’est la pause déjeuner, ils se posent sur une rive pour manger ensemble.

Les chercheurs d'or de Tarkwa au Ghana

En voyant que j’arrivais au bout de la rivière, je décide de faire demi tour et de prendre la direction de la forêt.

Je marche alors entre forêt et plantations, croisant de temps à autre une petite maison sur le côté. J’ai l’impression d’être au bout du monde.

Découvrir le village inconnu d'Esuaso
Découvrir le village inconnu d'Esuaso

Au bout d’un moment je décide de rentrer complètement dans la forêt où j’entends les oiseaux chanter. Des cacaotiers poussent au milieu, attirant bon nombre d’animaux.

En arrivant à Esuaso je cherchais la beauté dans le macroscopique, j’épiais toutes les herbes pour y découvrir un autre monde où règne les plus petits insectes. Mon expérience d’être coincé depuis plusieurs semaines à Tarkwa m’avait appris à voir la beauté partout où on peut la trouver afin de toujours s’émerveiller, et ce jour là à Esuaso j’ai découvert tout un monde de beauté.

Je suis donc ressorti d’Esuaso avec beaucoup de photos animalières magnifiques qui représentent bien dans quel état d’esprit j’étais à ce moment là.

Sur la route du retour pour Esuaso je rencontre un homme en moto qui s’arrête pour discuter, encore un homme très accueillant avec un grand sourire, on se quitte sur un très beau portrait de lui sur sa moto :

Découvrir le village inconnu d'Esuaso
Découvrir le village inconnu d'Esuaso

En attendant le « taxi » pour repartir à Tarkwa j’ai rencontré quelques jeunes complètement dingues et super heureux de me rencontrer visiblement !

Finalement ma journée à Esuaso fût vraiment incroyable ! Je suis parti un peu la peur au ventre de déranger les habitants, mais les locaux ont été super accueillants avec moi, j’ai fais beaucoup de rencontres incroyables, certes, j’ai eu quelques regards un peu gênant, mais je savais que ça venait plus d’une incompréhension que d’un rejet.

Tarkwa : Faut t’il y aller?

J’ai eu une expérience très particulière à Tarkwa, j’étais coincé contre mon grès et je suis resté plus de 3 semaines, c’est l’endroit où je suis resté le plus longtemps durant tout mon voyage en Afrique.

J’ai vraiment découvert chaque aspect, chaque quartier, j’ai rencontré plusieurs dizaines de personnes par jour et malgré la situation compliqué dans laquelle j’étais… J’ai considéré Tarkwa comme une deuxième maison, je m’y sentais très bien.

C’est vrai que les locaux ont parfois un mauvais avis des blancs à cause de la mine, mais en discutant avec eux on ne peut que se faire des amis. J’ai trouvé que la ville était vraiment magnifique, avec tous ses quartiers très différents avec leur propre caractère. Et je suis persuadé que la région a des tonnes d’endroits magnifiques qui ne demandent qu’à être découverts.

Je reviens d'un voyage d'un an à moto en Asie, prochaine étape l'Afrique en C15 !

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