Être coincé pendant 3 semaines au Ghana

Coincé pendant 3 semaines dans un garage au Ghana

Si il y a bien une expérience qui m’aura marqué à vif et qui fût vraiment une très longue épreuve physiquement comme mentalement pour moi c’est bien celle là.

J’ai passé plus de 3 semaines coincé dans un petit bout de garage d’un quartier pauvre de Tarkwa. 3 semaines à tenter de réparer ma voiture, à patienter, à dormir et à se laver dans l’inconfort le plus total, mais surtout 3 semaines à relativiser sur la situation et l’appréhension du temps qui commençait à m’échapper.

C’est donc toute une épopée que je m’apprête à vous raconter.

Le début

Tout a commencé à la sortie de Tarkwa, je roulais tranquillement en direction de Takoradi, totalement inconscient de ce qui allait m’arriver durant les 3 prochaines semaines.

Tout à coup ma voiture ralenti, ne réagit plus à l’accélérateur jusqu’à l’arrêt le plus total, je me gare alors sur le bord de la route et je tente d’arrêter les quelques voitures qui passent.

Des conducteurs de bus s’arrêtent, appellent un mécano qui ne trouve pas le problème, la nuit commence à tomber on prend donc la décision d’aller se garer sur le parking du commissariat juste à côté pour continuer le lendemain.

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Un chef de police à convaincre

A peine la voiture posé sur le parking que le chef de la police gueule sur le mécanicien, il n’apprécie pas qu’on se gare comme ça sans sa permission. Le mécanicien courbe le dos, s’excuse et le supplie de me laisser me garer. C’est un comportement normal face à une hiérarchie supérieur au Ghana et en Gambie par exemple.

En général ça marche très bien mais le chef de police est déterminé à nous faire partir, peut être a t’il un problème avec le fait que ce soit la voiture d’un homme blanc, je commence à m’en douter en voyant qu’il évite tout contact visuel et verbale avec moi.

En voyant que la technique du mécanicien de courber l’échine face au chef ne fonctionne pas, je décide de commencer à essayer de m’interposer et discuter avec le chef.

Il m’ignore totalement au début, j’essaie de lui faire comprendre que la voiture est morte, que la nuit est tombé et que ce serait trop dangereux de la garer sur le bord de la route, mais il ne me regarde même pas. Je continue quand même de parler, je lui explique d’où je viens, toute la route que j’ai réalisé pour arriver ici, le but de mon voyage ect…

Ça attire peu à peu son attention envers moi, le mécanicien ne parle plus, et c’est moi qui demande la permission au chef pour me garer et réparer ma voiture en face du commissariat. À aucun moment je hausse le ton même si lui le hausse, ce serait la pire réaction à avoir, je continue juste de parler et de m’expliquer.

C’est une technique qui marche souvent très bien, quand on a un problème avec quelqu’un il suffit d’appeler à ce sentiment immense d’empathie qu’ont les Africains. Je n’ai même pas à courber l’échine, j’en serais de toute façon incapable, mais mon statut de touriste m’octroi une certaine indulgence que malheureusement les locaux n’ont pas.

Finalement son sourire se devine peu à peu, on commence à discuter, je lui montre ma “piaule” dans ma voiture. Et en l’espace de 15 minutes il passe de “cassez vous d’ici” à “reste autant que tu le veux”.

Retour du mécanicien

Le mécanicien revient le lendemain, passe la journée sur le véhicule, ne trouve rien, je me résigne à devoir passer une nuit de plus sur le parking, tout en espérant que ce soir la dernière.

Et cet espoir de pouvoir repartir le lendemain durera 5 jours… 5 jours à patienter à l’ombre de ma voiture pour éviter la vague de chaleur, 5 jours à dormir dans ma voiture au milieu du parking du commissariat, 5 jour à me lever le matin face à la mosquée du village et patienter la venu du mécano.

Le dernier jour le mécanicien appelle en rescousse le meilleur garagiste de Tarkwa qui se situe à une vingtaine de kilomètres d’ici. Ce garagiste qui s’appelle Mohamed fait plusieurs allers retours avant de décider d’amener la voiture par dépanneuse jusqu’à son garage pour pouvoir s’y consacrer.

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Arrivé à Tarkwa

En arrivant à Tarkwa on gare ma voiture au milieu d’un tas d’épaves, c’est ici que je dormirais pendant plus de 2 semaines, dans ma voiture immobilisée.

Les travaux sur ma voiture continuent tous les jours, chaque fois que l’on avance sur son état, on découvre d’autres problèmes et on recule encore plus. Mohammed est connu pour être le meilleur garagiste de la ville, il dispose d’une dizaine d’élèves qui travaillent pour lui gratuitement afin d’apprendre le métier.

Mais la voiture est électronique, elle est très sensible et visiblement il y a une fuite de quelque chose qui fait perdre en pression et qui l’empêche de démarrer.

Petit tip : Si vous partez en Afrique comme moi, n’achetez pas une voiture électronique, elles sont trop sensibles, se coupent à la moindre perte de pression, en plus de ça les pièces sont plus rares et les mécaniciens ne s’y connaissent pas beaucoup. Une voiture mécanique n’est pas intelligente, elle roulera dans tous les cas, quitte à consommer plus ou quitte à casser… Donc le mieux c’est de prendre une mécanique et s’y connaitre suffisamment pour qu’elle ne se tue pas toute seule.

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Le quartier s’appelle Bogoso Junction, c’est un quartier entier dédié aux garagistes. Il se trouve à 3km du centre ville, et pourtant il n’y a pas d’eau courante et très peu d’électricité.

Le quartier est littéralement gavé d’épaves de voitures qui bloquent parfois des rues entières, il n’y a pas de services pour se débarrasser des épaves alors elles dorment sur place pendant parfois des dizaines d’années.

Le sol est imbibé d’huile de moteur, d’essence et de peinture. Voilà l’endroit où j’ai attendu 3 semaines que ma voiture soit réparé et que je puisse enfin repartir.

 

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Face aux forces de l’ordre

Au bout de seulement quelques jours, alors que je patientais tranquillement dans ma voiture que les travaux avancent, je vois arriver face à moi 3 hommes vêtus d’habits militaires, marchant d’un style déterminé vers moi avec les sourcils foncés.

L’expérience me dit qu’ils viennent m’embêter (pour rester polie), ils vont soit me dire de partir, soit me faire du chantage ou peut être même les deux. J’ai déjà eu à faire avec ce genre de personnes plusieurs fois pendant le voyage.

Mais à ce moment là, j’en suis à plus d’une semaine de galère à Tarkwa, je suis totalement apaisé, tous les jours j’affronte des déceptions dû à ma voiture et je les encaissent, plus rien ne m’atteint.

C’est donc dans le plus grand calme que je les reçois tandis qu’ils me demandent d’un ton peu accueillant ce que je fais ici. Je commence à peine à répondre que le plus grand d’entre eux me coupe et dit “Vos papiers, carte grise et visa”, il n’avait aucunement l’intention de me laisser répondre, c’est de l’intimidation.

Je vais chercher tous mes papiers pendant que je leurs explique exactement la même chose qu’au chef de police une semaine plus tôt, le fait que je réalise un tour d’Afrique en dormant dans ma voiture, que j’ai des problèmes mécaniques ect…

Les 3 hommes regardent alors à l’intérieur de ma voiture qui ressemble plus ou moins à un squat pour sdf, leurs yeux s’écarquillent et ils me demandent si je vis vraiment là dedans pour découvrir l’Afrique.

S’en suit toute une discussion sur mon projet, mes galères, on se tape une bonne rigolade et quand viennent quelques secondes de silence je tend tendrement mes papiers à l’un d’entre eux.

Il arrête mon geste avec une main et me dit “No need, you can stay here as long as you want” (Pas besoin, tu peux rester autant que tu le veux).

Encore une preuve de cet esprit d’empathie universel que tout le monde a là bas, même des personnes qui venaient au départ pour vous faire chier.

Je vais un peu insister parce que c’est clairement quelque chose qui peut absolument tout changer en Afrique, mais soyez gentil, soyez compréhensif, parlez, discutez, faites comprendre votre situation. En Afrique quand quelqu’un a un problème on l’aide, même si on comptait le dépouiller ou qu’on l’aimait pas parce que c’est un ancien colonisateur, si quelqu’un a besoin d’aide, on l’aide. C’est ce qu’on appelle le “On est ensemble”.

Evidemment il arrive de tomber sur une tête de cochon qui veut absolument vous créer des problèmes, dans ces cas là la stratégie est tout autre : on s’énerve et on tape du poing sur la table, mais ça j’en parlerais dans de prochains articles (surtout au Nigéria où j’ai perfectionné cette technique).

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A la recherche d’une assurance

Pour circuler en Afrique de l’Ouest dans les pays de la CEDEAO dont le Ghana fait partie, il faut une assurance pour la voiture qui n’est pas très cher (de l’ordre de 9€ par mois).

J’avais pris l’assurance la première fois au Sénégal, et elle arrivait bientôt à expiration. En voyant que les travaux sur la voiture avançaient peu, j’ai décidé de refaire l’assurance afin de pouvoir circuler légalement dès que la voiture serait prête.

Je suis donc parti dans le centre ville de Tarkwa à la recherche d’assureurs auto, qui puisse donner une assurance CEDEAO à un touriste. Après quelques heures de recherche je suis tombé dans un bureau du centre rempli de 4 personnes chargés de l’assurance.

Lorsque je suis rentré ça a mit un coup de froid à l’ambiance, visiblement ces personnes n’aimaient pas forcément les touristes, il faut dire qu’à Tarkwa c’est spécial puisque les blancs qui viennent ici, viennent uniquement pour la mine d’or, les locaux voient donc les blancs comme des voleurs de richesses, ce qui n’est pas tout à fait faux.

Bref c’est dans ce contexte tendu que je rentre avec un grand sourire, la seule femme du bureau me regarde et me demande d’un ton sec ce que je veux, je leurs explique que j’ai besoin d’un renouvellement d’assurance. On me demande pourquoi, le modèle de ma voiture et finalement on me dit que ce n’est pas possible, toujours avec ce ton sec.

C’est là que (comme d’habitude) j’explique ma situation, ma voiture coincé dans un garage, mon projet, et je vois leurs regards se transformer petit à petit (c’est clairement mon meilleur joker).

En discutant et en rigolant, ils me demandent ce que je pense du Ghana, je répond que j’adore le Ghana et que je suis FAN du Fufu (un plat traditionnel), ce qui est entièrement vrai, c’est vraiment délicieux !

 

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Et alors là tout le monde explose de rire, ils n’avaient jamais vu un blanc manger Fufu comme eux, je les surprends d’autant plus en parlant du Banku, du Kokonte qui sont d’autres plats traditionnels semblables.

Finalement ils me font mon assurance tout en rigolant, en discutant et la femme qui m’avait si mal reçu en entrant tout à l’heure m’invite même à manger Fufu chez elle la prochaine fois que je passerais à Tarkwa.

Bref, j’ai découvert tout au long de mon voyage au Ghana (surtout dans le Nord), que si vous disiez que vous aimiez le Fufu, vous êtes sûre de vous faire des tas d’amis et d’être invité à en manger à chaque fois ! Le Fufu c’est une vrai fierté du Ghanéen et je comprend pourquoi !

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Une journée banale quand on est coincé à Tarkwa

Toutes mes journées pendant plus de 3 semaines se réduisaient à ça :

Levé à 8h lorsque les mécaniciens arrivent, patienter des heures en chargeant mes appareils sur la seule prise du garage, affronter une déception mécanique, manger un Fufu au bouiboui d’à côté, patienter, affronter une déception, aller chercher de l’eau au forage d’à côté, se laver dans le pissoire de la mosquée, manger dans le Kangoo, dormir, recommencer.

La douche

Oui, parce que la douche c’était tout un délire, laissez moi vous présenter ma douche durant ces 3 semaines : (c’est le truc vert)

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Comme tous les habitants, je devaient tous les soirs prendre mon sceau, aller au forage le plus proche détenu par une famille, remplir mon sceau et aller me doucher à l’aide de ma casserole dans le pissoire de la mosquée sous la fumée toxique de la poubelle incendiée.

Parce que le plus drôle dans l’histoire c’est cette montagne de déchets constamment en feu derrière la douche-pissoire, qui émanait des fumées de plastiques brulées sur moi pendant ma douche.

Alors non, les Africains ne sont pas sales… Mais j’aimerais vous voir si vous ne disposiez d’aucun service de débarras d’ordures ménagères, parce qu’on oublie souvent que ça ne disparait pas par magie.

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Et tout ça sous les yeux des habitants du quartier, l’écarquillement de leurs yeux traduisaient cette pensée :  “WTF ??!!”, c’est très dur pour les locaux d’imaginer qu’un homme blanc fasse tout ça alors que les seuls hommes blancs qu’ils connaissent dirigent la mine d’or du coin et vivent dans des villas.

Alors j’imagine que vous allez me demander : Pourquoi tu vas te doucher volontairement dans un pissoire envahit de fumée toxique ? 

Et bien tout simplement parce que c’était la douche du quartier, il y avait peu de place pour prendre une douche ailleurs, et les seuls autres places disponibles étaient des endroits où les gens pissaient puisqu’il n’y a évidemment aucune toilette dans le coin, dans le pissoire de la mosquée au moins j’avais un sol et j’étais à “”l’abri”” des regards. Et pour ce qui est de la fumée toxique, elle envahissait le quartier entier tous les jours alors j’étais plus à ça près.

Mais pourquoi tu prend une douche tous les jours dans ce cas? 

Tout simplement parce que physiquement, avec le repas du midi, c’était mon moment préféré. Je suait tellement toute la journée que me passer 2 casseroles et demi d’eau tiède sur le corps me faisait un bien fou.

Et puis tous les soirs, au coucher de soleil, juste au dessus des fumées toxiques, des nuées de chauves souris sortaient chasser, elles formaient des nuages noirs qui passaient devant le ciel aux couleurs oranges et roses… À ce moment là tous mes problèmes disparaissaient, j’étais vivant, j’étais présent et j’observais quelque chose de magnifique, c’est tout ce qui comptais.

J’y reviendrais plus tard mais quand on vit dans si peu de confort avec beaucoup de stress dû aux problèmes mécaniques, tout ce qui nous entoure prend beaucoup plus de goûts, on apprécie vraiment chaque moment qui amène un peu de fraicheur, de bonheur ou juste de propreté.

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Le Paludisme, pour la deuxième fois !

Ahah ouais histoire de pimenter un peu les choses j’ai aussi attrapé le Palud. Voilà comment ça s’est passé :

Pendant que j’étais bloqué au garage, je me suis rendu compte que ça fait plus de 3 semaines que mon dernier test de Palud avait été fait en Côte d’Ivoire, il avait été positif, j’avais été soigné et il est recommandé d’en faire un 2 ou 3 semaines plus tard pour vérifier que le parasite soit bien mort.

Je suis donc allé chercher un test à la pharmacie la plus proche pour faire le fameux test qui devrait être négatif.

Attraper le Palud en Afrique pas si grave

Et à ma grande surprise le test est positif ! Mais pas d’inquiétude, c’est simplement que je l’ai de nouveau attrapé depuis, c’est pour ça que la 2ème barre est un peu estompé. Et ça parait logique, je dors tous les jours dans le garage autour de dizaines de mécaniciens, c’est l’endroit idéal pour l’attraper.

J’ai eu un peu peur parce qu’il y a cette idée reçu qui traine, comme quoi le Paludisme on le garde à vie. Alors c’était peut être vrai à l’époque mais aujourd’hui ce n’est plus le cas, à part si on tarde trop à se soigner et que le parasite passe en état sévère.

Et je sais que dire qu’on est positif au Palud en France ça fait très peur, mais ici c’est totalement bénin. Quand j’ai averti mes amis mécaniciens que j’étais positif ils ont rigolés, j’avais l’impression de leurs annoncer que j’avais un rhume.

Tout ce que j’ai eu à faire c’est aller à la clinique, me faire piquer la fesse, prendre quelques médicaments de plus au cas où et rentrer. En tout ça m’a pris 2h30 et ça m’a coûté une dizaine d’Euro, en grande partie pour l’inscription à la clinique.

Je ferais un article complet sur mon expérience avec le Paludisme parce qu’il y a beaucoup d’idées reçus qui trainent là dessus.

 

Attraper le Palud en Afrique pas si grave

Un casse tête mécanique

Au début le problème semblait venir des injecteurs qui fuyaient trop lorsqu’on démarrait la voiture. Cela voulait dire qu’ils étaient trop encrassés et sales à cause d’un diesel de mauvaise qualité. Ducoup la pression se perdait dans les injecteurs, la voiture le ressentait grâce aux capteurs et se bloquait toute seule pour ne pas s’abîmer, c’est le problème d’avoir une voiture électronique.

On a donc commandé les mêmes injecteurs d’occasions qui ont été très dur à trouver puisque je dispose d’une Renault et que dans les pays Anglophones la marque n’est pas très répandu. C’est depuis Takoradi ou Kumasi qu’on nous a envoyé les injecteurs grâce aux bus qui faisaient les allers-retours.

On a fait ça au moins 3 fois,  et à chaque fois il fallait attendre 2-3 jours avant qu’ils arrivent.

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Une fois que les injecteurs semblaient marcher on a découvert que la pompe à essence avait elle aussi une fuite de pression, nous l’avons ouverte et on a découvert qu’une des petites pièces qui faisaient la pression était abimée à cause d’une saleté probablement. Il a donc fallu trouver une autre petite pièce semblable.

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Puis on a aussi découvert que le turbo aussi était cassé, entrainant une perte d’huile moteur et empêchant le moteur de bien rouler à haute vitesse.

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Et alors qu’on pensait ENFIN en avoir fini après 2 semaines de galères, la voiture ne démarrait toujours pas. Mohammed a donc décidé de sortir le moteur et de voir si l’intérieur n’était pas abimé non plus.

En l’ouvrant on a découvert qu’un des cercles de compression autour des pistons était abimé. Ce qui entrainait toujours plus de perte de pression.

 

Être coincé pendant 3 semaines au Ghana

A ce moment là on se disait que le moteur était foutu… Impossible de trouver toutes ces pièces à l’unité au Ghana… Sauf si on cherche un moteur entier à acheter !

Et on en a trouvé un ! À Takoradi il y avait un moteur du même modèle que ma voiture.

C’est donc le lendemain que je me suis empressé de partir en bus à Takoradi pour aller voir le moteur.

Une fois là bas je décide d’acheter le moteur au complet pour pouvoir utiliser toutes ses pièces. Il a donc fallu trouver une remorque avec une moto pour y transporter le moteur jusqu’à la station de bus.

Être coincé pendant 3 semaines au Ghana

Une fois à la station de bus il a fallu que je trouve un conducteur qui puisse et veuille bien le transporter.

Le plus flippant ce fût de voir tout le monde le fixer derrière le bus, à moitié dans le coffre à quelques centimètres au dessus de la route, retenu uniquement par quelques cordes…

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Après être arrivé jusqu’au garage, l’avoir porté à plusieurs pour le sortir du camion en pleine nuit.

Le lendemain on se met à ouvrir les 2 moteurs pour y échanger les meilleurs pièces, les pistons de l’autre moteur était en bien meilleur état que les miens, les injecteurs aussi, et on a pu prendre le turbo encore en état de l’autre moteur, ce qui a permit de véritablement bien travailler et pouvoir avoir l’espoir que la voiture démarre.

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On a passé une journée complète à essayer de la démarrer, il fallait que la pression reprenne le bon niveau partout, sachant qu’on avait près de 10 injecteurs et qu’il nous en fallait 4 qui marchent vraiment bien.

Mais les injecteurs en Afrique, surtout sur ce modèle de Kangoo, sont très fragiles à cause du diesel qui est beaucoup moins propre ici qu’en Europe.

Finalement, après beaucoup d’huile de coude, d’espoir et de ténacité, surtout de la part de Mohammed. La voiture fini par démarrer ENFIN !

Pour finir

J’ai fais une terrible erreur durant mon voyage, j’ai acheté l’essence dans les petites stations services d’Afrique au lieu de me rendre à Total ou Shell. Je faisais ça pour mieux distribuer l’argent, je ne voulais pas donner mon argent à des entreprises Européennes ou Américaines.

Mais comme Mohammed me l’a très bien expliqué, il n’y a que ces stations qui ont des normes à respecter pour la propreté du Diesel, j’ai donc nourrit mon moteur avec du diesel potentiellement sale pendant tout mon trajet jusqu’au Ghana.

Mais je ne regrette rien sur ce qui m’est arrivé, déjà parce que ça partait d’une bonne intention de ma part mais aussi parce que tout ce que j’ai vécu ces 3 semaines est unique et irremplaçable, si j’avais bien fais les choses avec mon moteur je n’aurais jamais pu vivre tout ça.  Et en vivant tout ça j’ai vraiment eu le temps de relativiser sur le confort, sur l’appréhension du temps qui passe, la patience et ça m’a appris énormément de choses.

Alors oui, c’était dur pour moi physiquement, j’ai pas mal grossi durant ce temps là, j’ai été souvent malade à cause du Fufu et du stress. Ça l’était encore plus mentalement, beaucoup de stress, d’inquiétude, de remise en question et le peu de confort n’améliorait rien de tout ça, on se doute pas de l’impact du confort sur le moral. Et puis il a fallu que je gère beaucoup d’imprévus, que je fasse beaucoup de choix important pour ma voiture, j’avais aussi la pression du visa qui se terminait bientôt.

Le plus dur c’était de faire face à la possibilité que ma voiture soit définitivement morte, les déceptions qui s’accumulaient et ça tous les jours, sans pouvoir à aucun moment me reposer sur quelqu’un et enfin souffler. Même si j’étais crevé, malade et fatigué de la situation, je devais me lever tous les matins et essayer de trouver une solution.

Mais j’ai réussi à passer au dessus de tout ça, de voir la beauté qui se dégageait de cette expérience et de relativiser sur ma situation, après tout j’étais vivant et présent, c’est tout ce qui compte, et je suis persuadé que les nuages de chauves souris m’ont beaucoup aidé là dedans. En plus de ça il serait très compliqué pour moi de décrire le bonheur que j’ai ressenti en reprenant la route avec ma voiture, c’était indescriptible, le monde s’ouvrait de nouveau à moi, et je repartais à sa découverte dans une version améliorée de moi même.

Un grand merci à Mohammed qui a vraiment pris cette réparation à cœur, c’était très important pour lui que je puisse continuer mon tour d’Afrique et il a tout donné pour que ce soit le cas. Il ne m’a pas demandé grand chose pour les travaux sur la voiture, sachant tout ce qu’il a fallu que je paye à côté pour trouver les pièces. Un homme incroyable.

Pendant ces 3 semaines j’ai rencontré aussi énormément de personnes, très intrigués en me voyant dormir dans mon Kangoo au milieu des épaves du garage, ils ont tous été d’un appui extraordinaire. Ils prenaient toujours de mes nouvelles et souhaitaient vraiment me voir partir et continuer mon projet.

Bref ces 3 semaines furent à la fois ma pire et ma meilleure expérience de tout mon voyage. Elles laissent une trace indélébile en moi qui m’aura complètement changé. Je pense que c’est dans les pires moments qu’on apprend le plus de choses.

Je reviens d'un voyage d'un an à moto en Asie, prochaine étape l'Afrique en C15 !

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